Préface de Caterina Zevola

LES IMAGES DE LA MÉMOIRE

L’art est souvent l’expression de pulsions cachées et inconscientes qui, se reflétant dans la forme, deviennent souvent les métaphores des aléas de la vie, dont l’artiste lui-même n’est pas non plus conscient.
Ainsi, les oeuvres d’Inès da Silva Fkatchouk, nées grâce à un signe graphique qui s’atténue, révèlent au public une lecture de la réalité que seul l’inconscient peut concevoir. L’introspection psychologique à laquelle l’homme est voué est donc largement au coeur des recherches artistiques de l’artiste.
Des silhouettes humaines, qui ont perdu les contours définissant leur forme, surgissent, comme si elles avaient été écorchées par la main de l’artiste avant qu’elles ne soient finies. Nées de l’imagination d’Inès da Silva Fkatchouk, elles sont esquissées sur différents supports, de la toile à la tuile, enrichies d’une « non-couleur » aux tons beiges et gris-noir. Presque comme des impressions photographiques qui représentent un état onirique, elles se font le symbole d’une réflexion sur le destin de l’homme.
Par la suite, cette réflexion se complique et se fragmente en un récit, presque imaginaire, alors qu’elle donne vie à des formes abstraites.
Et ces formes deviennent des tourbillons, symboles d’un trop-plein de souvenirs que la mémoire transmet, des formes architecturales ou des objets du quotidien qui se transforment « en natures plus que mortes », elles deviennent des images superposées de tranches de vie où l’on reconnaît, par endroits seulement, un chien, une maison, un escalier, une église.
Puis le trait devient plus reconnaissable et se révèle dans une succession de vêtements qui identifient le sujet. Et c’est donc dans la série « Gilet » que l’homme, à la silhouette presque fantasmagorique, au visage et aux contours informes et privés d’identité, réaffirme son existence. Tout comme dans la série « Petites Têtes », l’artiste se livre à une réflexion sur le visage, le privant de toute émotion.
Les oeuvres de da Silva Fkatchouk expriment d’autres choses encore : en effet, le travail soutenu sur la série, ainsi que le recours à des supports inhabituels, quasiment des objets archéologiques redécouverts, font une nouvelle fois de ses oeuvres la métaphore originale d’un récit qui supprime délibérément toute émotion, qui les fige pour que l’on entre dans cette narration avec plus de force. L’artiste explore une dimension de la conscience et les démons intérieurs qui s’emparent de l’être humain en faisant disparaître les émotions. Subsistent des fragments de mots et des images qui dévoilent l’homme dans sa propre intériorité.

Caterina Zevola

Commissaire d’exposition